Sep 21

Compte-rendu du Petit déjeuner débat avec Anton BRENDER, Directeur des Etudes Economiques, DEXIA AM - Thème : "Perspectives économiques à la rentrée 2011" - Mercredi 21 septembre

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La Chambre de Commerce France-Israël a été très heureuse de vous inviter à un petit déjeuner débat avec :

Anton BRENDER

Directeur des Études Économiques chez Dexia Asset Management


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Le mercredi 21 septembre 2011 au Cercle Foch

Sur le thème :

“Perspectives économiques à la rentrée 2011”

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« La conjoncture mondiale est extrêmement volatile ».

La crise de la conjoncture est mêlée à 2 crises politiques.

Quelles en sont les causes ?

1) Fin 2010 : violente augmentation du prix du pétrole (+50%). C’est un facteur qui freine à tous les coups l’activité. Le prix du pétrole a très peu diminué en 2011 (cause : la capacité de production est faible, voir slide 3, la production des pays de l’OPEP)
2) La reprise des économies occidentales qui s’était engagée à la fin 2010 et qui a été freinée par la hausse du prix du pétrole s’appuie aussi sur un redémarrage des pays émergents. Il faut se rappeler qu’il y a à peine quelques mois, ce qu’on craignait le plus c’était une remontée de l’inflation dans les pays émergents en particulier (voir slide 5). Face à cette crainte, des mesures ont été prises pour freiner l’inflation et donc aussi l’activité dans ces pays. Conqéquénce : le niveau de la production industriel a cessé d’augmenter ou a baissé. C’est important car c’est un élément de soutien de l’activité des régions développées qui s’est affaissée avec ce ralentissement voulu de l’activité. Ces pays sont en train de baisser leur taux et on devrait voir petit à petit une accélération de la croissance de ces pays (Brésil…).

Sur cette toile de fond, il y a 2 crises politiques qui se sont produites des 2 côtés de l’Atlantique et qui se sont traduites par un effondrement en Europe, l’indice boursier européen étant à peu près 25% plus bas qu’il n’était début 2010 (voir slide 8). Aux Etats-Unis il a nettement baissé (avait augmenté et est revenu au niveau du début 2010). Dans les 2 cas, ce trou d’air boursier traduit et produit un choc de confiance sur tous ceux qui sont sensibles aux cours de bourse (ils sont beaucoup particulièrement aux Etats-Unis).

En Europe en particulier, la situation est devenue de plus en plus préoccupante car on voit des tensions apparaître sur les marchés interbancaires. Les primes de risque que les banques demandent pour se prêter entre elles ont fortement monté depuis le début de l’été (traduit l’hésitation qu’on les banques de la zone euro à se prêter les unes les autres. Ces tensions sont directement liées à cette combinaison extrêmement toxique d’un ralentissement économique doublé d’une crise de la politique de financement des Etats, d’une crise de la dette souveraine.

Aux Etats-Unis, que s’est-il passé ?

- On a observé un ralentissement de la conjoncture (les taux de croissance décélèrent et le taux de croissance des dépenses publiques a baissé (slide 13).
- L’augmentation du prix de l’essence. A chaque fois que le prix de l’essence monte, la consommation décélère (les particuliers utilisent moins leur voiture…). L’arrêt de l’augmentation du prix de l’essence permet d’augmenter la consommation et il a arrêté d’augmenter. Le problème c’est qu’aux Etats-Unis ils vivent une crise immobilière en même temps. Or normalement toutes les reprises américaines sont tirées par l’investissement immobilier des ménages. Si l’économie repart, ce sera la première fois qu’on aura réussi à la faire repartir sans un rebond de cet investissement immobilier des ménages. C’est très difficile aujourd’hui, il n’y a pas de surprise, rien ne se passe donc il faut tirer ailleurs pour que l’activité ait une chance de repartir.

Qu’est-ce qui a tiré jusqu’à présent la reprise ?

1) les exportations (en particulier vers les régions émergentes)
2) L’investissement des entreprises (qui pour la plupart sont dans une très bonne situation financière)
- Le débat sur le plafond de la dette a fait s’effondrer la Bourse et a eu un effet sur les dépenses des ménages, qui s’est plus traduit aux Etats-Unis qu’en Europe car les américains sont beaucoup plus sensibles aux cours de bourses (retraites, placements sont massivement investis en bourse).
- Les ménages américains ont de côté un portefeuille financier qui en moyenne représente 5 années de revenu (slide 18). Quand cela diminue, le taux d’épargne augmente. Cela a créé une perte de richesse sensible et qui doit normalement servir à faire remonter le taux d’épargne d’1 point = 1 point de croissance de la consommation en moins.
Si la Bourse ne remonte pas, on va avoir un élément de freinage sensible de la consommation des ménages.

- Cette année on peut s’attendre à une croissance d’1,5 et l’année prochaine d’1,6 (slide 23). C’est l’hypothèse optimiste, si la Bourse remonte (S&P 500 : 1300) et le taux de chômage baisse. Il est facile d’être pessimiste si le S&P 500 tombe à 1000.
Du côté de la politique monétaire ce qui peut aider c’est le maintien bas des taux à long terme (c’est ce que fait la FED).
Qu’est-ce qui peut être fait du côté de la politique budgétaire ?
On ne peut pas redémarrer la croissance sans redémarrer l’économie, d’où la démarche d’Obama qui consiste à vouloir restimuler les dépenses des ménages (en augmentant les impôts chez les plus riches). Or le Congrès ne veut pas de cette solution. Il y a donc un blocage politique, complexe, et cela va dépendre de la conjoncture américaine, ce qui fait qu’on n’a pas de raison d’être optimiste, à court terme sur l’évolution de l’économie américaine (au moins jusqu’à l’année prochaine au moment des élections). On sait bien que l’évolution du taux de chômage dépend de la réélection du Président. Si le taux de chômage augmente, Obama a très peu de chance de gagner.

Dans la zone euro, c’est la même histoire mais les facteurs de blocage ne sont pas du tout de même nature (slide 27, niveau d’activité). La reprise allemande a été spectaculaire et est en train de ralentir, comme en France d’ailleurs. En 2009, l’Allemagne était tombée + bas que la France. La Finlande avait plongé beaucoup plus fortement que la moyenne dans la zone euro et est repartie. Le seul pays qui ne soit pas remonté est l’Italie (il n’y a pas eu de reprise). Les pays les plus touchés par la crise de la dette souveraine sont l’Irlande et la Grèce. Le Portugal et l’Espagne se portent mieux mais restent inférieur au niveau du reste de l’Europe.

Le principal facteur de la crise en Europe a été la décélération des exportations. La seule bonne nouvelle (comme aux Etats-Unis) est que les entreprises vont bien, investissent et participent à la reprise.

Quelle est la solution ?

On ne voit pas grand-chose qui laisse espérer une reprise :
- l’emploi progresse très faiblement en moyenne (voir slide 31). Par exemple, la Grèce détruit autant d’emplois que l’Allemagne n’en crée. Donc ces pays directement touchés par la crise empêchent le taux de chômage européen de remonter.
- Il y a peu de raisons d’espérer que dans la zone euro la consommation accélère. Le seul élément de stimulation c’est que l’inflation érode le pouvoir d’achat de la masse salariale qui donnerait un peu de pouvoir d’achat supplémentaire, comme aux Etats-Unis où l’inflation est en train de décélérer car les matières premières montent moins (le pétrole en particulier).

La crise de la dette souveraine conduit à un ralentissement de croissance l’année prochaine (de 1,7 à 1,3 en étant optimiste). Si le taux de change diminuait cela nous aiderait un peu.

La façon dont on a géré la dette en Europe a bloqué presque toute possibilité de rééquilibrer les budgets : le taux auquel les pays empruntent n’a fait qu’augmenter et cela a cassé le peu de chance d’emprunter à des taux raisonnables. De ce fait par exemple, l’Italie va finir comme la Grèce, la croissance va être encore plus faible que prévu.

Si on est pessimiste, on peut prévoir encore plus de baisse de croissance que l’an dernier (slide 35 et 38).

Pourquoi paierait-on pour les pays qui ont fait n’importe quoi ? Il faut les punir ou les aider ?

1) On était censé les surveiller (on n’a pas voulu voir ce qu’il se passait), les règles n’ont pas été suivies, c’est une « faute collective » même si Maastricht prévoit que les pays ne sont pas censés être solidaire en cas d’endettement d’un des pays de la zone euro.
2) La priorité c’est d’enrayer la contagion en les aidant, en soignant cette crise.
Ce n’est que le 21 juillet qu’on vient de changer de logique : on prête à ces pays à taux bas.

Doit-on tirer un trait sur la dette grecque ?

C’est inévitable mais le problème c’est quand ? et comment ? Ce qui est certain c’est que ça ne peut pas se faire rapidement. Il faut casser l’idée qu’un pays de la zone euro peut faire défaut aujourd’hui.

La Grèce et le Portugal ont très peu de chance de s’en sortir. L’Irlande et l’Espagne peuvent retrouver la confiance des marchés : l’Irlande est déjà en reprise et l’Espagne n’a pas de croissance (chômage très élevé) mais la dette publique est inférieure à celle de l’Allemagne. Si l’Italie et la Grèce n’arrivent pas à retrouver de la croissance, il y a peu d’espoir qu’ils s’en sortent.

« Cette crise de la dette souveraine est contagieuse. Le jour où la confiance est ébréchée, tout peut basculer et il est très difficile d’enrayer la propagation ».


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