L'actualité de la CCFI: Compte-rendu du Petit Déjeuner Débat - 27 janvier 2010 - Invité : Elie COHEN, « Sortie de crise : quels sont les scénarios possibles ?»

Par Odélia Bohbot
Rubrique: National - publié le 28 janvier 2010

La Chambre de Commerce France-Israël a été très heureuse de vous inviter au petit déjeuner débat avec :

Élie COHEN, Directeur de recherche au CNRS, Professeur à Science-Po et Membre du Conseil d’Analyse Économique


qui est intervenu sur le thème

Sortie de crise : quels sont les scénarios possibles ?


Photo Elie Cohen et Henri Cukierman

le mardi 27 janvier 2010 dans les salons du Cercle Foch.

Élie Cohen a été très fier d’intervenir à la CCFI sur un thème qui intéresse tout autant qu’il inquiète que ce soit les ménages, les investisseurs, les industriels.

La crise qui a débuté aux États-Unis il y a plus d’un an et qui s’est vite propagée au reste du monde (seuls certains pays ont réussi à y échapper comme la Chine qui à connu une croissance impressionnante et qui dépasse l’Allemagne cette année) semble être moins importante que ce à quoi on s’attendait, le pire à été évité.
La mobilisation de l’argent publique annoncée risque de changer la donne et est une indication sur la reprise de l’activité économique aux Etats-Unis (Croissance attendue de 4% au 4ème trimestre) et dans le monde. Cependant, on fait face à un faisceau de visions contradictoires.

En France, le constat est troublant avec des annonces faites par le Gouvernement face auxquelles ont peut rester perplexes comme :
- les prévisions de la hausse de croissance
- la baisse du taux de chômage

On se trouve dans une situation ou la thématique générale est de dire que la France à mieux fait que ses pays voisins alors qu’elle fera moins bien.

En réalité, il y a trois idées simples à retenir :
1. Nous avons évité la crise systémique de 1929, en évitant de commettre 3 grandes erreurs:
– la cascade de faillite
– l’arrêt des injections de ressources dans l’activité économique
– l’adoption de stratégies protectionnistes
En effet, l’ensemble des mesures protectionnistes ne représente que moins de 1% sur l’ensemble du commerce mondial.
Nous avons échappé à la réforme structurelle des systèmes financiers et économiques car nous avons justement échappé à la crise de 29, en conséquences, tous les équilibres économiques qui pré-existaient avant la crise existent encore. “Nous avons gâché une crise” car nous ne l’avons pas utilisé pour effectuer les changements structurels qu’ils semblaient bon de faire.

2. Nous sommes sortis de la récession
Les pays émergents, eux, ne sont jamais entrés en récession (la Chine termine l’année 2009 avec une croissance de plus de 8%).
Par contre, l’année fut catastrophique pour les États-Unis avec une chute du PIB de 2.2%, de 3.5% pour la zone euro, de 5% pour l’Allemagne.
Au 3ème trimestre 2009, la reprise économique s’est manifestée pour tous les pays développés et les perspectives d’évolutions sont favorables chez les chefs d’entreprises. On constate cependant que les effets de cette reprise sont essentiellement techniques. Le plan de relance français de 24 milliards d’euros (faible) a eu un effet important sur l’activité économique, ce soutien venu par l’Etat avec plus de la moitié du PIB qui est recyclé nous conduit à un déficit budgétaire et social qui représente 8% du PIB, 5 points de plus qu’il y a 2 ans soit 100 000 Milliards d’euros. On ne voit nulle part un soutien réel qui viendrait de la reprise de l’investissement ou de la consommation.
En 2010, la reprise économique, en France, est en vue mais le déficit de finances publiques risque de se creuser un peu plus et on s’attend à une croissance de 1 à 1.5 % que l’on peut qualifier de médiocre. L’ Allemagne, tirée par l’explosion de la demande adressée au monde ainsi que le Royaume-Uni terminent le trimestre avec une hausse de la croissance.

3.La crise continue
Mais pourquoi cette crise perdure-t-elle? Pour la simple et bonne raison que tous les facteurs qui en sont à l’origine sont toujours là. Les déséquilibres économiques réels se sont accumulés avec le développement de pays excédentaires et de pays toujours déficitaires. Par comparaison, le taux de consommation des ménages américains, c’est-à-dire le rapport consommation/PIB avant la crise était de 73% de la richesse totale. le taux de consommation chinois était de 35%. On remarquera l’immense capacité d’épargne chinois et le niveau délirant de consommation aux États-Unis.
Pour information, le taux européen de consommation est de 56% du PIB.
La correction des déséquilibres financiers globaux se fera de façon simple, après la crise, les ménages américains se sont remis à épargner ce qui aura des répercussions positives à l’extérieur.

Quels sont alors les scénarios de sortie de crise que l’on pourrait envisager?

1- Le rebalancement du monde avec un changement du moteur de l’économie et l’apparition d’un nouveau moteur de l’économie mondiale. Avant la crise, c’est le consommateur américain (boulimique, qui s’endette, et qui n’épargne pas beaucoup), “la croissance mondiale est sous les stéroïdes anabolisants des consommateurs américains”. Après la crise, le moteur de l’économie semble être le consommateur chinois qui pèse 9 fois moins que le consommateur américain (chiffre de 2008). Mais comment pourrait-il tirer la croissance mondiale vers le haut? Cela passe en réalité par l’investissement chinois qui représente 54% du PIB en 2009, chiffre tout à fait exceptionnel, résultat de la demande de biens d’équipements. Toutefois, on ne peut pas espérer une croissance vigoureuse si on compte sur les chinois.

2- La croissance verte, 2ème solution et vraie source de croissance que seraient les opportunités de développement liées à la croissance verte avec une nouvelle vague d’investissement et de croissance tirée par la croissance verte. 3 problèmes se posent cependant:
- l’inertie des comportements des consommateurs et les signaux contradictoires comme les prix de l’électricité trop bas ce qui n’incite pas le consommateur à trouver une solution annexe.
- l’investissement que l’on peut faire serait rentable si on envoie un nouveau signal sur le prix du carbone, aujourd’hui, la taxe carbone est fixée à 17%, on dépense pour 1l d’essence 250 euros!!
- les grands investissements structurants en matière d’infrastructures.

3- La modification de notre modèle de croissance pour arriver à un modèle économique plus équilibré.
Est-il réellement possible de le faire? Avant la crise, le taux de croissance potentiel (c’est-à-dire le facteur capital, travail et progrès technique) est aux alentours de 2%. La crise a fait chuter de 5 points le PIB, c’est ce qu’on appelle “l’effet marche d’escalier”, la crise parce qu’elle à détruit du capital humain va mettre en péril le taux de croissance potentiel. Il y a également le problème des finances publiques. Si on veut trouver une croissance plus équilibrée, il faut interdire à la finance publique de recourir en cas de crise au fond publique et à la dette.

Conclusion : la crise continue mais une reprise progressive de la croissance économique mondiale s’est amorcée. Pour en sortir durablement, il faudra passer par des changements d’ordres structurels et pourquoi pas la reprise de l’investissement et de la croissance tirée par la croissance verte. Un remaniement de notre modèle économique actuel pour aboutir à un nouveau modèle économique plus équilibré reste l’une des solutions à cette sortie de crise.

Autres sujets traités :
* Pourquoi le modèle japonais terrifie-t-il ? Le Japon a connu une forte période de croissance dynamique suivi par des spéculations sur le marché immobilier et financier. Le Japon a tardé à reconnaître la réalité du problème bancaire, de ce fait, l’activité économique a été cassé à cause du manque de dynamisme du système financier, d’où un ralentissement de l’activité économique pendant près de 4 ans. Situation ou la dette japonaise atteint 180% du PIB. Mauvaise gestion de la crise dans un contexte économique déjà de transformation structurelles.
* Le déficit et l’endettement de la France. Les contraintes du traité de Maastricht obligent d’une part, à ce que le déficit des administrations publiques ne dépassent pas 3 % du produit intérieur brut, d’autre part, la dette publique ne doit pas dépasser 60 % du PIB ou doit se rapprocher de ce seuil. Aujourd’hui 11 pays sur 16 sont en procédure d’infraction. La France à perdu 5 points de PIB, son taux de croissance potentiel est estimé à 1,5% voire 1%, dans cette situation il est quasi infaisable de passer de 8% à 3% sauf si on prend des décisions radicales de diminution des dépenses et d’augmentation des recettes (ce qui n’est pas à l’ordre du jour puisque le Gouvernement ne prévoit pas d’augmenter les impôts pour le moment).

En savoir plus sur Elie Cohen…


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