De Tel-Aviv. L’Eurovision, vu d’Israël par Julien Bahloul (journaliste pour i24NEWS)

By |2018-05-13T06:57:36+00:00mai 13th, 2018|Categories: EDITORIAL|
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Israël a gagné son pari. Netta Barzilaï est numéro 1! Le journaliste Julien Bahloul nous explique, avec talent, pourquoi les israéliens adorent ce concours. Selon  i24 News : »Et si cette fois Israël y parvenait ? Deux décennies après sa dernière victoire à l’Eurovision, les Israéliens veulent y croire.

Depuis le 11 mars, le pays fait partie des grands favoris. Le clip officiel affiche des millions de vues au compteur. Une prouesse. Il faut dire que Netta, la chanteuse qui représentera les Israéliens à Lisbonne, intrigue.

Qui est cette jeune fille aux formes généreuses qui s’est imposée face aux autres chanteurs israéliens top-modèles musclés qui rêvaient de participer à l’Eurovision? Quelle est cette étrange chanson qui mêle anglais, look japonais, airs orientaux et expressions en hébreu? La recette cartonne. Les fans sont sur un nuage.

Mais cet engouement international autour de la candidature de Netta ne suffit pas à expliquer l’Eurovision-mania des Israéliens. La passion pour ce concours est bien plus ancienne et profonde. La première raison réside probablement dans les succès israéliens. Avec trois victoires (1978, 1979, 1998), Israël est le 5e pays à avoir remporté le plus de fois la compétition. Il s’est hissé 10 fois dans le top 5 en final. Forcément, les fans ont de quoi être fiers.

Les années 2000 ont pourtant failli mettre un terme à l’euphorie. A cette époque les règles du concours évoluent, les publics sont appelés à voter par SMS. La politique s’invite. On vote selon ses affinités. Les pays d’Europe de l’Est se soutiennent entre eux. Au même moment le processus de paix d’Oslo s’écroule.

La Seconde Intifada éclate. Les images d’affrontements israélo-palestiniens envahissent les écrans du monde. Mis à part quelques exceptions (notamment en 2005), Israël est relégué à la seconde partie du classement, voire même aux dernières places. Pire, face au grand nombre de pays qui souhaitent participer à l’Eurovision un système de demi-finales est mis en place.

Israël disparaît des radars. En 2011, 2012, 2013 et 2014 le pays n’arrive pas à se qualifier pour la finale. Certains appellent à quitter la compétition. « Kitsh », « dépassée », « politisée », les critiques ne manquent pas. Les fans semblent se faire une raison : les antagonismes provoqués par la guerre ne permettront plus à Israël de l’emporter.

En 2015 une opération de la dernière chance est organisée. La chaîne privée Keshet (connue pour ses productions et séries à succès à l’étranger) propose au service public un deal : elle organisera un télé-crochet proche d’une émission de téléréalité au terme duquel le vainqueur représentera le pays à l’Eurovision. Keshet s’occupera de la mise en scène, du marketing, le service public gardera ses droits de diffusion du concours. Nadav Guedj est le vainqueur.

Pour le choix de la chanson Keshet se tourne vers Doron Medalie, l’auteur des plus grands tubes de ces dernières années en Israël. Il écrit et compose « Golden Boy ». Le clip met en avant le côté jeune, moderne et festif de Tel Aviv. Miracle : le succès est au rendez-vous. La chanson tourne en boucle dans les boîtes de nuit. Israël triomphe en demi-finale à la 3e place et termine 9e sur 40 au classement général. Nadav est acclamé à son retour.

Le pays est depuis systématiquement qualifié pour la finale. Les audiences du concours en Israël remontent. Les Israéliens sont ravis et rêvent à nouveau d’une victoire. Cette année elle semble enfin à portée de main.

L’actualité est souvent lourde et difficile au Proche-Orient. Israël est souvent rattrapé par les considérations politiques mêmes lorsqu’elles ne sont pas censées entrer en considération, comme lors de compétitions sportives ou d’évènements culturels par exemple.

L’Eurovision (et là est probablement l’une des principales raisons du succès du concours) offre aux Israéliens l’occasion durant quelques heures de s’évader des préoccupations quotidiennes. D’oublier le Proche-Orient le temps d’une soirée, de sentir que leur pays est « normal » et qu’il fait pleinement partie du reste du monde.

Rien n’est plus vrai en 2018. A quelques minutes du début de la demi-finale Donald Trump annonce son retrait de l’accord sur le nucléaire iranien. La frontière nord est en alerte maximale. L’Eurovision débute. L’audience est historique, mais les Israéliens ont les yeux rivés devant leur portable, ils craignent une frappe iranienne à tout moment. Netta monte enfin sur scène et interprète « Toy ». La magie opère. La salle est conquise. Israël est qualifié pour la finale. Les troubles du Proche-Orient mis de côté quelques minutes…

Les Israéliens croisent les doigts. lls rêvent depuis 20 ans de ramener une nouvelle fois le trophée à la maison. Depuis mercredi, ils diffusent en massent sur les réseaux sociaux un clip donnant un aperçu d’un éventuel Eurovision 2019 organisé en Israël pour donner envie aux votants….

Reste à savoir, en cas de victoire, dans quelle ville israélienne le concours sera organisé. Jérusalem, a déjà prévenu Netta dans une interview accordée à i24news en mars. Pourquoi ? « Car c’est la capitale de l’Etat d’Israël », a-t-elle répondu en souriant.

Julien Bahloul est journaliste et reporter pour i24NEWS

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