Economie d'Israël, pays arabes, BDS. Guitel Ben-Ishay interroge Dan Catarivas.

By |2018-03-14T09:15:05+00:00mars 14th, 2018|Categories: ECONOMIE|
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Dan Catarivas “2017: Année record des exportations israéliennes”

Le parcours de Dan Catarivas en fait un véritable expert des relations économiques internationales israéliennes. Dan Catarivas a vu le jour en 1953 à Jérusalem. Son père, David, étant diplomate, il a grandi pendant plusieurs années en France. Haut fonctionnaire aux ministères de l’économie, de l’industrie et des Finances, il a aussi été le premier attaché commercial israélien à Beyrouth en 1982 et à Pekin en 1985. En 2005, retraité de la haute fonction publique, il est appelé par l’association des industriels d’Israël (Manufacturers’ Association of Israel) à prendre la tête du département commerce extérieur et relations internationales de ce lobby. Il participe à la rédaction de l’ouvrage signé Daniel Haber, ”Les surprises de l’économie d’Israël” (L’Harmattan, 2016). Ce sont précisément de ces dernières dont nous nous entretenons avec lui.
 Le P’tit Hebdo: Qu’est-ce que l’Association des industriels d’Israël?
Dan Catarivas: Il s’agit d’un lobby qui représente les intérêts du secteur privé face au gouvernement israélien et aux autorités locales. L’association regroupe des employeurs privés israéliens qui représentent plus de 14 organisations du patronat dans tous les domaines économiques (industrie, agriculture, indépendants, etc.).
En ce qui me concerne, je m’occupe des relations internationales du secteur privé, ce qui recouvre les échanges, mais aussi les normes internationales à adopter, les relations avec l’OCDE, Organisation mondiale du commerce, l’organisation mondiale du travail ou le FMI.
Lph: Où Israël est-il présent dans le monde économique d’aujourd’hui?
D.C.: Israël a des relations économiques avec le Japon, la Chine, la Corée, l’Inde, l’Union européenne, l’Amérique du nord et du Sud. Nous coopérons aussi sur le plan économique avec nos voisins égyptiens, jordaniens et palestiniens. Nos rapports avec ces derniers sont régis par les Accords de Paris qui fixent les règles d’échanges de marchandises et d’emploi de main-d’œuvre.
Lph: Comment se portent les exportations israéliennes?
D.C.: En 2017 nous avons enregistré un record avec 100 milliards de dollars d’exportations de biens et services. Cela reflète incontestablement un élan de l’économie israélienne. Néanmoins, nos exportations pourraient être encore plus importantes si notre devise n’était pas aussi forte. Par ailleurs, Israël accuse d’un retard dans son taux de productivité par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE. En fait, il y a de grandes inégalités de performance suivant les secteurs de l’économie. Alors que la hi-tech et l’innovation se portent à merveille, d’autres secteurs doivent s’adapter à un monde plus compétitif. En ce sens, la réglementation gouvernementale ne nous aide pas. Ainsi, on constate que certaines entreprises préfèrent se développer à l’étranger pour échapper à cette bureaucratie et se rapprocher de leurs marchés. Il s’agit d’une tendance inquiétante: s’il y a 10 ans, une dizaine d’entreprises se délocalisaient, aujourd’hui on a une augmentation de 35% de ce mouvement.
Lph: Quels sont nos points faibles?
D.C.: La politique gouvernementale a tendance à favoriser les importations plutôt que les exportations. L’objectif est de réduire le coût de la vie. Mais le postulat de base est erroné, les importations ne suffiront pas à atteindre ce but. En effet, si l’on prend l’exemple de l’alimentation, les produits sont taxés avec une TVA à 17%; ce levier devrait aussi être utilisé.
Par ailleurs, nous manquons de main-d’œuvre qualifiée. Notre système éducatif n’a pas réussi à former les ingénieurs qui remplaceront tous ceux, issus de l’alya russe, qui arrivent à l’âge de la retraite.
Lph: Pourtant Israël est connu pour être la start up Nation, là où on favorise l’initiative: le rêve pour tout entrepreneur, non?
D.C.: En effet, l’économie israélienne présente de nombreux points forts avec une créativité et une innovation soutenues par une politique gouvernementale, qui participe aux risques. Israël est numéro un mondial dans son investissement en recherche et développement: ce sont 4,2% du PIB qui y sont investis. Il mérite son titre de start up nation. Par ailleurs, plus de 350 compagnies internationales ont installé leur pôle recherche et développement en Israël parce qu’il y règne un climat très propice à l’innovation.
Lph: Doit-on se réjouir à chaque ”exit”, à chaque rachat par un grand groupe international d’une start up israélienne?
D.C.: Il y a d’abord du bon dans cette mode de l’exit. Quand Intel rachète Mobileye ou quand Google rachète Waze, ce sont d’excellentes transactions, d’autant plus que les centres restent localisés en Israël. Mais il arrive que des sociétés israéliennes se fassent racheter par des grands groupes internationaux et que par la suite, leur développement ne se fasse plus en Israël. Nous sommes flattés par les investissements étrangers, mais il faudrait que plus d’entreprises qui créent de la production et non que seuls des centres de recherche et développement soient présents dans notre pays.
Lph: Les échanges internationaux israéliens sont-ils impactés par les campagnes du BDS?
D.C.: Au niveau macro-économique, nous ne souffrons pas de façon majeure du problème. La preuve: les exportations israéliennes ne font qu’augmenter. Cela ne signifie pas que certaines entreprises à titre particulier ne souffrent pas de ce mouvement qui se sert de l’économie pour délégitimer l’Etat d’Israël. Le fait que beaucoup de produits israéliens exportés sont des produits intermédiaires tend à diminuer aussi cet impact. En outre, la réaction des Etats concernés est plutôt bonne avec des législations qui condamnent ce boycott.
Il faut reconnaitre que les compagnies étrangères qui travaillent en Israël ou essaient de le faire subissent des pressions. Là aussi les résultats sont relativement limités. Quand certains grands groupes, comme Orange, quittent Israël, il est difficile de déterminer si c’est pour des raisons de restructuration économique ou parce qu’ils ont cédé aux pressions.
Ce qui est le plus difficile à savoir c’est l’importance du boycott que je qualifierai de silencieux. Combien de groupes, pour ne pas se compliquer la vie, décident-ils de ne pas investir en Israël?
Lph: L’alya française peut-elle contribuer à améliorer encore la place d’Israël sur la scène économique internationale?
D.C.: L’alya française est une alya de qualité qui rencontre des problèmes d’adaptation parce qu’elle vient d’un pays où le marché du travail n’est pas aussi libre et beaucoup plus protégé qu’ici. En Israël, ce marché est plus difficile à appréhender et à pénétrer.
Les olim de France sont un atout pour l’industrie israélienne et le gouvernement devrait faire davantage pour la reconnaissance de leurs diplômes.
Je me réjouis de constater que le secteur privé israélien intègre de plus en plus d’olim de France. Nous pouvons aussi les encourager à ouvrir leurs propres affaires. Les Français apportent une dimension différente de la culture américaine connue en Israël et c’est un avantage.
La diversité du capital humain en Israël est un atout pour son économie. En effet, puisque le marché local est restreint, les entreprises israéliennes adoptent dès le départ une vision globale. De nouveaux horizons doivent sans cesse être conquis. Je pense notamment à l’Afrique, où les Francophones ont une carte à jouer.
Propos recueillis par Guitel Ben-Ishay pour LPH (Copyrights)
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