C'IsraelValley. Le Prof. Jacques Lewiner, chercheur d'élite et serial entrepreneur.

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Le Professeur Jacques Lewiner fait partie de cette élite française qui connait « comme sa poche » les prouesses de la Startup Nation. Il y a quelques années Jacques Lewiner a été le keynote speaker de la conférence « De la recherche à l’industrie, brevets et guerres de brevets » organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie Israël-France à Tel-Aviv en partenariat avec la banque Leumi Le-Israel
Jacques Lewiner est un physicien, inventeur, entrepreneur en série et investisseur français. Lauréat de l’académie des sciences en 1990 et détenteur du Grand Prix de l’Ingénieur pour l’année 2011, il est professeur et directeur scientifique à titre honorifique de l’Ecole Supérieure de Physique et de Chimie Industrielle de la ville de Paris (ESPCI ParisTech), membre de l’académie française des technologies et membre honoraire du Technion. Il a notamment déposé plus de 1,000 brevets à travers le monde, et est également le fondateur et le président de plusieurs entreprises high-tech à succès, comme Inventel (vendue à Thompson pour la somme de 150 millions d’euros), Invoxia, Whithings, Finsecur, Roowin, Cynove, et autres. Célèbre pour sa connaissance du monde des brevets, le Professeur Lewiner est régulièrement sollicité dans le cadre de conflits tels que les guerres de brevets Apple/Samsung ou encore Google/Apple.
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Ce mardi ensoleillé de mai, le professeur Jacques Lewiner est d’humeur badine. Longue silhouette dégingandée, le directeur scientifique honoraire de l’ESPCI reçoit dans son antre au faux air de salle d’école à la Jules Ferry, au cœur du campus parisien de la prestigieuse école d’ingénieurs (Ve arrondissement de Paris). Il invite les visiteurs à s’asseoir devant la grande table qui fait office de bureau.  » Les petites taches noires que vous voyez sur la table sont celles des expériences de Marie Curie « , rigole ce chercheur aux 1 000 brevets, premier déposant privé de France. Il s’interrompt, l’œil pétillant.  » Vous pouvez y poser les mains : j’ai passé la table au détecteur, la radioactivité est raisonnable.  »

Début de programme

L’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée, quelques jours plus tôt, semble plaire à ce pionnier de la French Tech.  » Il a une sensibilité naturelle pour la technologie et l’innovation, salue le directeur scientifique honoraire de l’ESPCI, discrète mais prestigieuse école d’ingénieurs où ont officié pas moins de six prix Nobel, Pierre et Marie Curie, Paul Langevin, Frédéric Joliot-Curie, Georges Charpak ou encore Pierre-Gilles de Gennes, qui fut complice de Lewiner. J’espère qu’il saura desserrer les freins. Le Technion, l’université scientifique d’Haïfa (Israël), a créé plus de start-up cotées au Nasdaq que la France entière ! On ne me fera pas croire qu’il n’y a pas au moins autant de talents en France.  »
Que faire ? Le docteur Lewiner ne se fait pas prier pour dérouler son ordonnance.  » Il faut en finir avec la méfiance traditionnelle entre la recherche et l’industrie. Créer des start-up, créer des emplois, c’est rendre un peu de ce que la collectivité a investi en vous.  » Et d’esquisser un début de programme pour la nouvelle ministre de la Recherche, Frédérique Vidal. D’abord, revoir la fiscalité des stock-options, pour les rendre plus avantageuses.  » Ce n’est pas parce que quelques pourris en ont abusé dans les grands groupes qu’il faut pénaliser les start-up.  » Ensuite, libérer le  » potentiel colossal de la recherche française  » :  » Il faut obliger les établissements à répondre vite à un chercheur qui souhaite breveter son invention. En France, le temps moyen de réponse est de six mois à deux ans. On est chez les fous !  »

Jeunes pousses en série

Le physicien sait de quoi il parle. A l’ESPCI, il a fixé une règle d’or : l’administration répond en moins de deux semaines aux chercheurs qui veulent monter une entreprise. Résultat : l’école, rattachée à la mairie de Paris, est devenue une machine à innover. Les jeunes pousses créées au sein de l’ESCPI réalisent un chiffre d’affaires cumulé de plus d’1 milliard d’euros. La priorité du chercheur est désormais d’insuffler cet esprit start-up au sein de Paris Sciences et Lettres (PSL), cette alliance de 25 grandes écoles parisiennes (Mines, ENS, Collège de France, Dauphine, Fémis, Beaux-Arts) au sein de laquelle il a transféré le service de valorisation de la recherche de l’ESPCI.  » Paris Sciences et Lettres, c’est un projet exceptionnel pour la France, le plus beau projet académique français, l’équivalent de Stanford et du MIT « , s’enthousiasme le chercheur, promu doyen de l’innovation et de l’entrepreneuriat de PSL. Le téléphone sonne : son banquier lui demande de confirmer un virement dans une start-up de Palo Alto dédiée aux batteries électriques, OneD Material. Et hop, un virement part sur un compte de la Silicon Valley Bank.

« Ruée vers l’or »

A la fois chercheur d’élite et  » serial entrepreneur « , Jacques Lewiner affiche un profil hybride rarissime en France. Un professeur Cosinus capable de deviser avec gourmandise sur les matériaux supraconducteurs ou les amours déçues des électrons, tout en collectionnant les start-up comme d’autres les pipes en bruyère. Avec son complice Eric Carreel, il avait inventé les premières box de téléphonie au sein d’Inventel, revendu à Thomson. Depuis, il s’est lancé dans l’impression 3D avec Sculpteo. Il a participé à l’aventure du leader de l’Internet des objets Withings. Désormais, il couve Finsecur, spécialiste de la détection d’incendies, et Fluigent, spécialiste de la microfluidique. En évoquant cette miniaturisation des expériences – qui est à la biologie ce que le microprocesseur est à l’informatique -, le regard de l’éternel jeune homme de 73 ans s’allume.  » C’est la ruée vers l’or !  » s’exclame-t-il, dégainant un Bic quatre couleurs pour griffonner des croquis colorés.
Les deux heures et demie d’entretien ont filé à la vitesse d’un électron. En raccompagnant ses visiteurs, le chercheur désigne un rectangle blanc sur le sol : souvenir de l’emplacement du bureau de Pierre et Marie Curie. Jacques Lewiner presse le pas : il doit filer à une réunion à Sanofi, qui l’a nommé à son comité des sages.  » Sage, moi ? La bonne blague !  »

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