Défense. L’Arabie a 400.000 soldats et un budget de $ 60 milliards. Israël : $17 milliards.

Un article de Jacques Benillouche (1) . La révolution de Palais en Arabie saoudite a permis à Mohammed ben Salmane Al Saoud, 32 ans, de devenir prince héritier dans le cadre d’une lutte des clans royaux. Il est également vice-Premier ministre et ministre de la Défense. Cette nomination actait l’élimination progressive du prince héritier précédent, Mohammed ben Nayef, 57 ans, congédié de son poste de ministre de l’intérieur, après deux années tumultueuses de luttes internes qui ont suivi l’accession au trône du roi Salman. La montée en puissance du Prince, qui symbolise les espoirs d’une population jeune attirée par le modernisme, est inhabituelle dans un royaume conservateur habitué à des dirigeants âgés. L’acte final de la révolution de palais vient de s’achever. On s’attendait à un coup d’État contre le Qatar mais c’est au sein du royaume qu’il s’est déroulé.

Mohamed Ben Salman, surnommé MBS, avait décidé de sortir l’Arabie de sa torpeur. Il avait présenté un plan économique pour soigner le royaume de son addiction au pétrole en procédant à une véritable révolution structurelle. Les avis sont partagés sur la personnalité de l’héritier. Le quotidien britannique The Independant le qualifie «d’homme le plus dangereux du monde». Bloomberg estime qu’il est «l’homme de tous les pouvoirs à Ryad». Effectivement, en plus de ses postes au gouvernement, il est aussi président du Conseil des affaires économiques et de développement qui supervise la Saudi Aramco, première compagnie productrice de pétrole au monde.

MBS est un chef de guerre doublé d’un réformateur à marche forcée dans un royaume qui relevait de la gérontocratie. Il a engagé son pays dans des réformes audacieuses à travers un système économique édifié sur la seule manne pétrolière. Il sait que cela ne durera pas éternellement et donc il veut garantir l’avenir de son pays en se dotant d’un fonds souverain de 2.000 milliards de dollars destiné à diversifier les investissements et les revenus d’une économie dépendante à 70% du pétrole. Il envisage également la privatisation des services de santé, des télécommunications et de l’éducation. Il a prévu l’instauration de la TVA en 2018, non seulement dans son royaume mais aussi dans tous les pays du Conseil de Coopération du Golfe. Il se veut moderne en étant opposé à la polygamie parce qu’il veut que son pays sorte de l’archaïsme.

Il est passionné de guerre et, à ce titre, c’est un grand lecteur des mémoires de Winston Churchill et de «L’art de la guerre de Sun Tzu» dont il a mis en application la théorie en lançant et en supervisant les opérations militaires au Yémen et en mettant sur pied une coalition arabe du Golfe contre l’expansionnisme chiite iranien dans la région. Il s’était rendu à Moscou, à la tête d’une délégation de haut rang, pour sceller la perte de confiance du Royaume envers Washington. En effet, restait dans les mémoires la mise à l’écart du royaume par Barack Obama. En conséquence, pour diversifier ses relations internationales, l’Arabie s’est tournée vers la Russie puis ensuite vers Israël. En effet une normalisation discrète a été préparée avec Israël. L’Iran a été le catalyseur qui a permis la normalisation de facto entre Israël et les monarchies du Golfe.  MBS avait été le maître d’œuvre de la normalisation. En réalité, en faisant le choix d’Israël contre l’Iran, les pétromonarchies du Golfe ont choisi la survie de leur trône.

Sur incitation du prince héritier, l’Arabie saoudite a noué une coopération technologique avec la société Daront, société High-tech installée à Ramat-Gan, pour un programme informatique et sa mise en œuvre par une formation aux États-Unis du personnel saoudien. Par ailleurs, le royaume avait attribué au groupe israélien G4S la responsabilité de la sécurité du pèlerinage à La Mecque et de l’aéroport de Dubaï. La firme israélienne AGT, dirigée par un Israélien installé aux États-Unis, a édifié un barrage électronique dans la région frontalière entre les Émirats Arabes Unis et le Sultanat d’Oman pour empêcher les infiltrations hostiles. Il serait question à présent d’autoriser les entreprises israéliennes à s’implanter en Arabie et de permettre à la compagnie aérienne El Al d’utiliser l’espace aérien saoudien.

Le jeune héritier, qui a choisi la voie du pragmatisme et du combat contre l’Iran, joue la survie de son royaume anachronique et féodal. Mais pour concrétiser sa vision grandiose du royaume, MBS a dû passer par un «nettoyage» forcé de tous ceux qui pouvaient freiner son ascension et ses projets. Sous prétexte de lutte contre la corruption, il a éliminé les hommes les plus hauts placés qui pouvaient lui faire de l’ombre, y compris quatre ministres et le fils d’un ancien roi, ainsi que la plus grande fortune du monde, Al-Walid ben Talal.

Tous les leviers du pouvoir sont maintenant entre les mains d’un homme jeune, dynamique mais inexpérimenté. Il a prouvé, en tant que ministre de la défense, qu’il aimait prendre des risques au point d’avoir la réputation d’imprudent. Il a lancé une campagne aérienne contre les Houthis au Yémen mais dix mille morts plus tard, les Houthis sont encore fermement ancrés dans la capitale Sanaa. Sur le plan intérieur, il a imposé l’austérité mais n’a pas manqué de dépenser jusqu’à 500 milliards de dollars en matériel militaire américain.

L’Arabie dispose de 400.000 soldats avec un budget de 60 milliards de dollars face aux 17 milliards d’Israël et aux 18 milliards de la Turquie. Les militaires saoudiens ont acquis de l’expérience dans leur combat au Yémen contre les Houthis.  Après l’abandon de l’Égypte et de la Syrie par les Américains, MBS a compris qu’il ne peut pas s’appuyer sur une aide extérieure. Il compte donc sur Israël pour s’assurer une couverture militaire en cas d’attaques lancées par les Mollahs. Comme Netanyahou, il n’avait pas caché son opposition irréductible à l’accord nucléaire américano-iranien qui laisse la possibilité à l’Iran de poursuivre en secret ses fabrications d’armes de destruction massive.

(1) https://benillouche.blogspot.fr

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