NDS, Waze, Retalix… Chinois et Américains rachètent le meilleur d’Israël.

Dans lemag.co.il un article de David Jortner.

Les grandes firmes étrangères achètent de plus en plus de sociétés israéliennes.

Ce sont les Américains qui les premiers font comprendre au monde qu’acquérir des sociétés israéliennes peut être une excellente affaire. À partir des années 2010, leurs multinationales achètent les meilleures startups de l’État hébreu.

C’est ainsi qu’en quelques années changent de pavillon : NDS (achetée par Cisco pour 5 milliards de dollars), Chromatis (achetée par Lucent pour 4,5 milliards de dollars), Waze (achetée par Google pour 1 milliard de dollars), Trusteer (achetée par IBM pour 800 millions de dollars), Retalix (achetée par NCR pour 800 millions de dollars). D’autres suivent : Objet, DGMedia Mind, Zoran, XtremIO, Omrix, Vilocity, etc.

Jusque-là spectateurs de ces deals faramineux, les Chinois ne tardent pas à imiter les Américains. Et c’est en mai 2013 – après la visite officielle de Benyamin Netanyahou – que les Chinois comprennent qu’ils peuvent se lancer dans une politique d’acquisition des sociétés israéliennes.

De retour de Chine, où il a été accueilli à bras ouverts par les dirigeants de l’Empire du Milieu, Bibi se réjouit de « l’esprit d’ouverture qui règne à présent en Chine » et de l’intérêt qu’y suscitent les technologies israéliennes. Les Chinois mettent aussitôt à profit leurs nouvelles relations avec la Start-up Nation pour y envoyer quelques hommes d’affaires. Innocents voyages de reconnaissance.

Et c’est ainsi qu’en février 2014, on apprend que le groupe alimentaire chinois Bright Foods a engagé des pourparlers pour acheter Tnouva, le premier producteur israélien de lait. À cette date, cette société israélienne – hautement historique, puisque fondée en 1926 – n’est plus totalement propriété de l’État hébreu : elle a laissé entrer dans son capital le groupe anglais Apax.

Mais voir flotter le drapeau de la Chine sur cette entreprise dont l’histoire se confond avec celle de l’État d’Israël représente un tournant qui inquiète certains Israéliens. Yaïr Seroussi, alors président de la Banque HaPoalim réagit en ces termes : « Je préférerais voir davantage de sociétés israéliennes se développer de façon indépendante plutôt que d’être acquises dans le cadre de fusions ». La seconde mise en garde est celle de Shmouel Hauser, président de l’Autorité israélienne de régulation des marchés : « Chaque fois qu’une entreprise se vend à un acheteur étranger, c’est l’État qui perd ».

Mais ces voix sont rapidement couvertes par l’actualité et l’opération militaire contre Gaza. Après plusieurs revirements et interruptions, la négociation avec les Chinois débouche sur un accord et Tnouva leur est vendue le 21 mai 2014 pour 5,2 milliards de dollars. Un an et demi plus tard, un autre groupe chinois – Fosun – achète, pour 300 millions de shekels, Ahava, la société qui commercialisait les produits de la mer Morte. Tout un symbole…

Des conséquences coûteuses à long terme

  • Tous les profits – un demi-milliard de shekels par an en moyenne – que réalisait autrefois Tnouva ne seront désormais plus nécessairement réinvestis en Israël. Ils serviront dans un premier temps à rembourser le prêt consenti par la Banque HaPoalim à Bright Foods (2 milliards de shekels négociés par l’avocat d’affaires israélien Gornitzky) pour lui permettre d’acheter Tnouva. Il aurait été sans doute plus moral que Bright Foods emprunte des fonds auprès d’une banque étrangère, mais il semblerait que le concept de richesse nationale n’a plus aucun sens pour les banquiers d’aujourd’hui, israéliens ou non.

Pour le personnel de Tnouva, l’emploi n’est pas assuré. Autrefois, dans une grande entreprise nationale, les employés pouvaient espérer travailler jusqu’à la retraite. Le 22 mars 2016, le management chinois a d’ailleurs fait savoir au nouveau directeur opérationnel de Tnouva, Eyal Malis, qu’il fallait envisager plusieurs centaines de mises à pied pour atteindre un niveau de profitabilité intéressant. La menace n’a pas été exécutée, mais chacun sait désormais à quoi s’en tenir.



Au total, en 2015, selon un rapport du cabinet PWC (Price Waterhouse Coopers), le montant des fusions et acquisitions d’entreprises israéliennes développant de nouvelles technologies s’est élevé à 7,2 milliards de dollars contre 5 milliards en 2014 – soit une progression de plus de 40 %. L’auteur du rapport ajoute : « En 2015, 56 entreprises internationales ont acheté 62 compagnies israéliennes. En 2014, on ne comptait que 49 acheteurs pour 52 entreprises. » En 2015, c’est Microsoft qui a été la multinationale la plus active en Israël. En effet, elle a fait l’acquisition de quatre startups : Secure Islands, Adallom, N-Trig et Equivio…

 


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